Pas mal en retard le compte rendu. Saison de colloques, conférences et réunion de concertations interinstitutionnelles dans mon métier qui m’ont presque entièrement monopolisé. Sans compter le travail du potager dont notre courte saison de culture ne laisse aucune place à repousser les semences et plantations. Mais c’est aussi la vie, la seule Vie, que tout ça.
La mémoire flanche un peu vu le temps passé. Mais pas le souvenir d’une grande intimité et d’un plaisir manifeste de se voir, de se raconter et de s’entendre. Voire même d’un certain silence consenti, pas un non-dit, un senti, de bonne et vivante intimité.
Dix gars ce soir là que nous étions, dont effectivement la majorité de réguliers. Donc oui l’intimité est là, est définitivement là, entre nous, soit, mais aussi, et de plus en plus, avec soi-même. D’où la richesse, la spontanéité et l’authenticité des partages. À preuve, cette capacité de se dire, de se nommer. Bon de constater que le silence des hommes n’est plus certain.
En vrac, que nous sommes nous dit ?
Nos désirs d’abord. Les interdits, les innommables, que seule la délinquance peut permettre. Avec le mauvais effet que ça comporte. Ces désirs sont catalogués à jamais dans l’ombre, le caché, l’inavouable, le non-dit… À leur opposé, les désirs bien vus, reconnus à satisfaire. Mais dans lesquels on se perd, on fuit peut-être, des désirs dont la satisfaction ne nourrit pas tant que ça, comme des calories vides, dirait ma nutritionniste préférée. Et puis encore ces désirs dont on se croit indigne de leur satisfaction « Pas droit à ça moi, pas digne de ça moi ». Puis encore ceux qui sont souffrance perpétuelle, puisqu’inatteignables. Et aussi ces désirs de réparation, de correction d’un stigmate, d’une identité amochée par des échecs successifs. Lancinants parcours maintes et maintes fois répétés pour se convaincre que la conclusion qu’on en vaut pas la peine est fausse mais démonstration dont nous sommes les premiers à ne jamais y souscrire.
Puis nous avonns aussi partagé sur ce qu’on en fait… comment et combien on s’en occupe. Chapitre bien court chez la plupart pour deux ordres de raisons. Le refus d’abord de ce désir particulier, qui fait que je ne m'en occupe pas.. Par la bande un refus soi, en quelque sorte; sous le joug des interdits, sous le joug de l’indignité, de l’échec, déjà nommés plus haut. Puis ces autres désirs, dont on ne prend pas soin parce qu'ils sont révélateurs de notre petite névrose ordinaire, qu’on ne veut surtout pas montrer, révélateurs de ces pistes que nous parcourons obstinément, et tout autant vainement, et dont une bonne part de tout chemin de libération consiste d’abord à prendre conscience. Comme autant de conditionnements qui nous empêchent de liberté. Un peu comme ces logiciels de traitement de texte dits évolués qui pensent tellement pour vous, qu’ils vous empêtrent dans des luttes improductives et sans fin contre leur interprétation de vos agirs, de vos désirs !!!
Comme d’habitude mais en moins complet, je vais tenter de mettre en texte certains des échanges que ma mémoire veut bien me redonner. Toujours en tentant de les rendre anonymes et dans le simple espoir de vous permettre d’en résonner et de toucher à votre tour l’espace de vos désirs. Mes excuses ont déjà été présentées mais j’ajoute ma demande de pardon à ceux qui étaient là et qui ne se verraient pas, ou mal, reflétés dans les paragraphes qui suivent. Je vous rappelle ainsi qu’à tous ceux qui liront, que vous pouvez partager votre prise de conscience personnelle via un commentaire à ce billet, donc compléter ce que je n’aurais pas rendu fidèlement ou omis. Je suis profondément persuadé que nos prises de consciences personnelles sont autant de contribution à la prise de conscience collective, et qu’il est même de notre devoir de témoigner de notre position dans le monde, pas par complaisance à la gloire de notre personne, mais par souci de compatir et célébrer la totalité de la vie.
Encore une fois merci à tous d’être là.
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« Chez-moi les désirs, ça n’était pas permis, pas nommables. Évidemment personnes ne les satisfaisaient alors ne restaient qu’à en vivre la rage, la colère. J’en suis resté avec l’intime conviction que c’est impossible la satisfaction de mes désirs.
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La famille chez-nous c’était un enfer total. Mon seul désir, en tout cas un des mes ardents désirs, chéri, répété, obstinément espéré, était de partir de là. Quand les services sociaux nous ont placés, les enfants, pour moi ça été la confirmation que si vous le désiriez vraiment de tout votre cœur, vos désirs seraient exaucés. Aujourd’hui, je vois bien que c’est pas tout à fait vrai, les désirs matériels ne sont pas tous comblés, mais je crois que si c’est un désir du cœur, un désir de la Vie avec un grand V, ça vient.
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J’ai été pendant des années sans femme. Ça marchait juste pas. Essentiellement, dans ma tête, parce que j’étais gros, indésirable. Et chaque échec, et il y en a eu, venait renforcer cette conclusion. Tellement que même maintenant alors que j’ai une relation stable, je n’arrête pas de me demander ce qu’elle peut bien me trouver, qu’elle va finir par se rendre compte de l’imposture et me quitter.
Un autre aspect de ça est cependant plus dangereux. Ma relation est très satisfaisante, signifiante et j’y tiens beaucoup. Mais les autres femmes me tentent, surtout là au printemps. Non, mais elles sont tu pas assez fatigantes les belles filles au printemps ! C’est sur que c’est en partie un simple un appel de la chair, mais c’est aussi autre chose. Je crois que je voudrais avoir plus de filles pour compenser toutes celles que j’ai pas eues, comme pour équilibrer mon bilan négatif, comme si devenir multimilliardaire pourrait effacer le fait que j’aie déjà fait faillite !
Il y a aussi que des fois, je trouve aussi ça moche de pas avoir connu d’autre femme. En tout ca, je me demande souvent si je ne le regretterai pas à 50 ans. Ça fait loser d’avoir connu qu’une seule femme..
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Ah non mon vieux, y a pas de loser, pi de winner là ! En tout cas moi je peux te dire que j’aimerais ben ça avoir passé ma vie avec la même femme. Je suis avec la 4e, penses tu que c’est drôle ? Pas encore avoir réussi à établir une relation intime qui tienne. Mon tableau de chasse y est plein. J’ai même eu un chum qui le remplissait pour moi. Lui, on rentrait quelque part et c’était instantané. Il venait me voir et il me disait toi aussi tu vas en avoir une, et effectivement, il m’en ramenait une. Mais après des années, il s’est écoeuré. Il a fini par se marier. Je l’ai pas revu depuis des années et je ne sais pas s’il est toujours avec sa femme mais un tableau de chasse bien garni, ça donne rien, ça j’en suis sûr.
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Drôle, personne n’a parlé de sexualité. Moi une chose qui m’interroge beaucoup est l’espace d’intimité autour du sexe. L’espace d’intimité dans nos vies. On a installé des règles d’exclusion autour de ça : on a chacun son espace, dans lequel les autres ne doivent pénétrer que sur permission, on frappe avant d’entrer, etc. On a pas mal d’adolescents à la maison. Si je pense à la masturbation, cet espace en est le protecteur en un sens mais par ailleurs c’est aussi comme si personne ne devait nous voir dans notre désir… ??? Ou comme si nous ne devions le montrer à personne…
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D’abord je voudrais vous dire combien je suis étonné de votre ouverture et de votre franchise à vous livrer. C’est ma première fois avec vous et je vous en remercie. Ce n’est pas si facile pour moi mais je plonge. Mes désirs à moi, je dirais qu’ils son pas mal tous comblés. J’ai plutôt réussi alors sur le plan matériel j’ai tout ce qui m’a tenté assez ou presque. Sur les plans professionnel et amoureux, je suis tout autant choyé. Pourtant il me manque quelque chose, je ne suis pas comblé, rempli, satisfait…
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Pourtant, je dirais moi que les désirs c’est le feu de la vie, c’est la carotte qui nous fait avancer. C’est la motivation d’aller toujours voir ailleurs, plus loin, autrement, c’est la force d’expansion…Ouais, les désirs, au fond, c’est le feu de la vie…
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Ben moi c’est drôle, je vais vous dire que les désirs importent pas tant que ça dans ma vie… J’ai passé ma vie à tenter de me faire aimer des autres et pour ça j’ai allègrement abandonné tous les désirs présents dès qu’il y avait quelqu’un dans le décor…
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