C'est le thème de notre prochaine soirée, le 10 février prochain à 19:30. J’y pense depuis une bonne semaine et voici quelques éléments de discussion, réflexion ou partage qui me sont venus et que je vous partage pour amorcer à votre tour votre réflexion et nourrir notre partage du 10.
Certain, quant à moi, qu'il y a un mythe autour du silence des hommes. Trop fortement nommé par 30 ans de féminisme, de discours sur les pères absents, etc. Mais je ne crois pas qu’il y ait fumée sans feu ? Non, il est juste quelque part de dire que les hommes se taisent ! Pourquoi ? Une attitude virile ? Ou une blessure, soigneusement tue, tuée? Ou une qualité de l'âme, une forme de présence. Qu’en est-il de notre véritable intimité partagée ?
Moi, qu'est-ce que je tais ? Qu'est-ce que je tais à qui ? Qu'est-ce que je tais pour qui ? Rien, ou trop, à dire ?
Quand je pense au silence des hommes, je pense souvent à mon père qui devenait muet face aux reproches de ma mère. Quand il avait bu, elle le harcelait pour qu'il avoue. Il se butait et s'emmurait de plus en plus. Ce silence m'était souffrance. Ce harcèlement et le désarroi qu'il connotait la doublait. J'aimais mon père et de le voir ainsi coincé me faisait mal. Ce fut mon premier silence/impuissance: que dire... pour qu'ils se taisent ? Aujourd'hui encore, la colère et la peine m'étranglent.
Si je pense encore au silence des hommes, ce qui me vient aussi, c'est toute l'absence de mon père face à moi. Parce qu'il n'était pas bavard mais aussi parce qu'il n'avait rien à ME dire. Ce qu'il racontait aux autres n'était pas ce qui m'intéressait et nous le savions. En fait nous l'avions décidé. Et nous nous en méprisions l'un l'autre. On n’avait pas besoin de maudits intellectuels pour lui, pas d'immatures irresponsables et alcooliques pour moi. Nos jugements réciproques protégeaient notre pseudo intégrité ...et nous emmuraient dans le silence. L'un face à l'autre d'abord --j'apprendrai seulement après sa mort par ma mère combien il avait été inquiet que je me fasse une place dans le monde, si chétif et timide -- mais aussi moi face au monde. La honte de ne pas avoir été, enfant, ce jeune mâle vigoureux qu'il valorisait tant chez les autres, m'a fait m'emmurer dans un autre silence: ne jamais nommer ni cette honte, ni cette souffrance, pour ne nommer/proclamer que tout ce qui par ailleurs pouvait m'apporter de la valeur.
Quand je pense au silence des hommes, je pense aussi à celui qu'induit le sentiment de la gravité des choses. A la fuite du futile, de l'apparence, d'un sentimentalisme bonbon. Au silence des arbres.
Je suis aussi tombé sur ce texte :
"De même que les mots perdent leur pouvoir quand il ne naissent pas du silence, l'ouverture à l'autre perd son sens quand nous ne savons pas nous fermer à l’autre. Notre monde est rempli de bavardage, de confessions faciles, de conversations creuses, de compliments vides, de louanges stériles et de confidences insipides. …
Quand notre vie cesse d'être intérieure et privée, la conversation dégénère en simple commérage."
Henri Nouwen, Les trois mouvements de la vie spirituelle .(1974, Reaching Out) 1998 tr,.fr. Bellarmin
On continue ça ensemble le 10 ? J'ai hâte de vous entendre.
Briser le silence pour y consentir ?
Paul-Emil.
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