Le 11 novembre, à l’Arc-en-Ciel, 6 gars ont partagé sur le sens de la vie, sur l’accomplissement versus « réussir ». Pierre-Paul nous a offert quelques pistes de départ, quelques questions qu'il a aussi partagée ici hier. Puis le partage s’est enclenché.
Je vous en rapporte ici quelques éléments. Évidemment, les noms et situations sont changés et le tout est bien encore plus évidemment filtré par ma perception. Je simule le ton de la conversation mais ce n’est aucunement une transcription. Mon objectif n’est pas tant ici de faire rapport que de partager, mettre en lumière, des éléments de réflexion, des morceaux de vie, pour nourrir notre quête individuelle et collective, voire éventuellement, que vos commentaires, voire votre présence si vous vous joignez à nous un de ces soirs, viennent nourrir la nôtre. La quête spirituelle nécessite de prendre conscience des enjeux qui sont les nôtres au quotidien. Ce sont souvent ces enjeux qui paradoxalement nous font passer à coté de la vie. Alors que nous croyons dur comme fer que nous faisons tout ca pour la sauver notre vie…
· Si je pense au sens de la vie, ce qui me vient le plus avec les années, ce qui m’apparait faire le plus de sens, c’est s'entraider, s’aider les uns et les autres. Paradoxalement, quand je pense à ma job, qui me plait beaucoup, je n’ai jamais eu beaucoup de questionnement à savoir si c’était une job qui allait dans ce sens de l’entraide. C’est même pas mal plus une job qui profite aux mieux nantis… Mais en même temps, c’est ça ma contribution à moi, les autres en ont une autre, la mienne c’est ça. C’est tout de même une forme de complémentarité…
· Grosse question pour moi ça. Toute ma jeunesse je trouvais justement que ça avait pas de « bon sens », c’te vie, c’te famille, c’te société. Tellement que faire des enfants était exclu : « J’en fouterai pas un autre dans ce bordel ». Maintenant, c’est différent. J’ai quelques affaires qui se sont guéries, je suis plus en contact. Ma relation avec ma blonde est hyper signifiante. Notre première nuit a été toute une expérience. Encore récemment, une nuit sous les étoiles en forêt a été un moment super fort. Par contre, des fois je suis étonné de combien ça peut être devenu normal, banal d’être ensemble. C’est devenu une habitude, c’est plus aussi vivant. Comme si l’habitude nous avait tués…. Tiens, drôle de mot : habi"tué"…
· J'me demande si ça fait du un sens de chercher un sens au lieu de simplement vivre; le sens, c’est pas quelque chose que je peux atteindre mais quelque chose que je peux sentir quand je suis en accord avec ce que je fais et comment je le fais.
· Plus jeune, nous avions des idéaux. On voulait changer le monde, refaire les relations hommes-femmes, les relations sociales, raciales, avec le travail. Pour la plupart, nous avons trahi nos idéaux et on participe à une espèce de conspiration du silence où on ne dit plus rien qui dépasse, où on s’en tire sans faire de bruit…
· J’aimerais tellement ça qu’on soit en paix les uns avec les autres, pas en chicane, qu’on prenne le temps de s’écouter, s’entendre, de vivre. La vie aurait tellement plus de sens…
· Un moment où la vie a du sens pour moi est celui dans mon travail où je retrouve le contact avec la vie. Je suis boulanger. Y a des fois où en vacances j’avais hâte de revenir pour retrouver ce contact là, cette chaleur, cette moelleur, cette vie là. La pate elle est jamais pareille à une autre, faut l’écouter, s’adapter, la suivre…
· Aujourd’hui au boulot, moi le plaisir c’est pas da ns le stress d’arriver à faire ce qui est à faire, c’est dans le bonheur du contact avec les gens. Ce qui donne du sens à mon travail est ce contact là, qui va arriver peut importe ce qui est à faire. Bizarrement, le boulot se fait toujours pareil.
· Amusant parce que chacun ici a nommé un espace de plénitude, de bonheur oserais-je dire, donc on sait ce qui fait du sens pour nous. Mais alors merde qu’est-ce qui fait qu’on décroche ?
· Ca va pas assez vite, puis y en a trop. Moi, je resterais debout 48 hres sans arrêt pour faire tout ce qu’il y a à faire. Puis faire ce qu’il y a à faire agréablement c’est trop long. La vaisselle, par exemple : J’aime ça faire la vaisselle si je peux mettre de la musique et simplement la faire, bien, sans penser à autre chose, sans penser qu’il faudrait déjà être à aider pour les devoir, puis se dépêcher pour le bain pour que le dodo soit pas trop tard… Mais c’est pas possible.
· Moi, je suis un anxieux. L'anxiété me fait décrocher.
· Moi ce qui m’empêche de vivre à mon rythme, en restant calmement là où je suis, c’est que je suis toujours en train de réparer c’te grosse affaire qui marche pas ou qui marche tout croche. Je ne peux pas me reposer. Or c’est paradoxal parce comme disait la chanson qu’ « on perd sa vie à la gagner », moi je perds la mienne à la sauver. C’est sûr que c’est mon histoire d’enfant qui se rejoue là. Famille brisée par un accident de travail du père, devenu alcoolique pour pas sentir sa déchéance, avec une mère devenue seule soutien d’une famille nombreuse en plus d’un mari invalide et qui n’y arrivait pas… L’enfant que j’étais a cru que tout allait s’écrouler s’il ne s’en occupait pas et l’adulte que je suis le crois, du moins, l’agis encore…
· Mon père était élitiste, ma mère perfectionniste. Il a fallu que je sois super performant. Moi ça allait bien jusqu’à ce que les filles entrent dans le décor. Ca été mon premier échec et tout un. Ma sœur, qui m’adulait en plus, réussissait encore tout super. Moi c’est devenu une longue dérape puis je me suis mis à des choses qui ne cadraient pas vraiment dans le succès attendu, métier marginal, art, etc… C’est là que je me sentais bien mais ce n’était pas du tout réussir sa vie selon les critères .... Grosse réconciliation à faire…
· Amusant parce que le sens de la vie dans ce qui se dit depuis tantôt, c’est beaucoup dans le senti, la présence, la passion : être dans le moment présent. Moi j’ai eu une phase pas mal bipolaire : grande exaltation suivie de drop, de déprime. Quand j’étais en haut puis en bas, j’étais pas si bien que ça. Puis en même temps, je comprends ce qui se dit, la justesse de ce qui se dit.
· Ca me fait penser à comment j’ai été, longtemps, avec un patron que j’ai eu. J’étais toujours sur son dos : « Il fait pas ça, pas comme ci, pas comme ça. ».. À un moment donné, je me suis rendu compte que c’est parce que je voulais me prouver aux autres, au grand patron, que je le lâchais pas, en fait, il ne mettait pas tout en place pour que JE paraisse bien. Alors j’ai décroché de ça et je fais la job qu’il me donne, dans les conditions qu’il me donne, et je suis pas mal plus heureux comme ça. Probable que lui aussi !
La parole est à vous. Dans votre expérience, c’est quoi qui fait du sens. C’est quand que ça a du sens ? Ou n’en a pas ? Réussir sa vie, c’est quoi pour vous. Est-ce que ça a du sens ? N'hésitez pas à nous envoyer vos commentaires (cliquer sur le mot "commentaires" ci-dessous pour laisser un commentaire). Que le partage se poursuive
Cette soirée, ces partages nous ont amenés au bord de notre prochain thème « Le besoin de reconnaissance, jusqu’où cela me mènera-t-il ? » En effet, dans plusieurs des partages de la soirée, ce qui sort du sens, du senti, est une pression à satisfaire l’autre, les autres, réels ou imaginés mais desquels on ressent une, ou des attentes.
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Je vais mijoter ca dans mon coin en ce dimanche soir où encore une fois le blues me prend. Serai-je à la hauteur cette semaine ? Mais au fait, ce compte rendu est-il à la hauteur ? Les gars vont-ils trouver que je les ai bien compris ? Et si je n’avais pas bien compris, ou mal interprété ? Et si .. et si… et si….. Jusqu’où cela me mènera-t-il ?
C’est un rendez-vous le 2 décembre, 19:30, à l’Arc-en-Ciel…
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